Le Québec aux premières lignes

    Si le sémaphore de la francophonie est la France, son fer de lance est le Québec. Défenseur inlassable d’une langue qui survit en milieu fortement minoritaire, c’est grâce à ses efforts que le français n’est pas éteint en Amérique du Nord, qu’il est désormais l’une des langues officielles sur le continent, incorporé dans le programme scolaire obligatoire au Canada.

   C’est aussi grâce à lui que nous viennent la plupart des néologismes qui ont enrichi la langue française au cours des trois dernières décennies. Tandis qu’un laxisme linguistique en France favorise le franglais et l’accepte comme l’évolution inévitable d’une langue en mouvement, le Québec réagit aux exigences du monde moderne et crée inlassablement de nouveaux mots pour répondre aux besoins d’un vocabulaire que la technologie augmente. À l’inverse, en France on embrasse sans remord une foultitude de termes anglais – comme email, newsletter, web, chat lines, startups – alors que les néologismes sont faciles à formuler. Ce qui est étrange c’est que ceux en France qui considèrent cette tendance comme une évolution normale, reflet de son temps, sont par ailleurs ceux qui la figent en dénonçant l’intégration des genres et la féminisation des titres. Combien sont-ils à avoir pérorer sur le bien-fondé de « Madame la Première ministre » plutôt que « Madame le Premier ministre », pendant qu’au Canada français cette égalisation de genre se faisait sans heurt et que la représentante de la Reine prend le titre de Gouverneure générale ? Voilà, semble-t-il, une manière de faire évoluer plus sagement la langue que d’y amalgamer tous les anglicismes à la mode !

   Le dynamisme des efforts du Québec dans la promotion et la défense de la langue française est largement reconnu. L’ex-Secrétaire général de l’Alliance de Paris, M. Jean Harzic, a récemment salué la « pugnacité des Québécois ». Dans une intervention au dernier colloque de l’Alliance en hiver 2003, il s’est plu à rappeler certains souvenirs des nombreux congrès internationaux auxquels il a participé, indiquant que « lorsque l’ambassade de France avait un contingent de 25 fonctionnaires alors que la délégation québécoise n’avait que 3 représentants, tous les congressistes savaient que c’était aux Québécois qu’il fallait s’adresser si on souhaitait des résultats dans les prochaines 24 heures. » Et de conclure sous les applaudissements de la salle : « voici une nation de six millions qui agit comme s’ils étaient soixante millions et auxquels nous devons rendre hommage ! »

Discrimination dans l'emploi

   C’est donc avec surprise, qu’on note l’absence des représentants du Québec dans le réseau des Alliances ou aux colloques. L’Alliance de Montréal a été récemment fermée par Paris et celle de Moncton, au Nouveau Brunswick, province officiellement bilingue, a dû cesser ses opérations après une tentative brève que la France n’a pas soutenue. Ceci laisse le Québec sans voix au sein de ce mouvement international.

   Celle-ci mériterait pourtant d’être entendue. N’est-ce pas elle qui, récemment, s’élevait pour dénoncer les politiques d’embauches discriminatoires de grandes institutions internationales qui n’autorisaient que les natifs de langue anglaise à postuler pour des emplois ? Cette discrimination linguistique qui exclut tous ceux qui sont bilingues mais nés dans des pays non anglophones est pratiquée par plus de 500 organismes internationaux, selon un recensement fait par Impératif français, un organisme culturel québécois de recherche et de communication voué à la défense et à la promotion de la langue et de la culture d'expression française. Les institutions en question incluent la Cour internationale de justice, le Haut-commissariat aux droits de l’Homme, l’Organisation mondiale du tourisme et l’Assemblée parlementaire de l’ONU.

   Au lieu de s’associer aux protestations d’Impératif français et de Mme Louise Baudoin, l’ex-Ministre d’État aux Relations internationales du Québec, l’Alliance Française est restée coite.

   Qu’elle invite les Québécois ! Ils sauront défendre ses   enjeux avec flamme et maestria.